La Born To Ride ( BTR) Edition 2017

La Born To Ride ( BTR) Edition 2017

BTR 2017

Je vous présente dans cet article le compte rendu de la BTR 2017,  une épreuve d’ultracyclisme organisée par Chlikoot. Le principe est simple: un départ groupé, 4 check points à rallier en un maximum de 120 heures. Une épreuve hors norme à laquelle je suis fière d’avoir participé.

 

BTR Trace GPS Bikepacking

BTR 2017 la carte et le relevé altimétrique

 

Lien vers la présentation de l’épreuve.

 

Vendredi 9 juin 2O17 : Le stress et le grand départ

Paris gare de l’Est 9h00, je rejoins la troupe de riders composée de Guillaume Barbey, Sylvain Blairon et Olivier Chabaud afin de prendre le train qui nous mènera à Strasbourg pour le départ de la BTR. Nous ne sommes pas tous au même niveau d’expérience, Sylvain est un rouleur expérimenté et aguerri ( chrono canon sur la TCR) comparé à nous autres pour qui cette BTR à un goût de « première ».

Le trajet passe vite en discutant de nos stratégies et nos carnet de route. Pour moi je colle à l’idée de l’aventure de Luc Royer c.a.d. passer par Le Grimsel et le Simplon pour sortir de la Suisse. L’option St Gothard me tente beaucoup pour éviter du dénivelé mais me semble un peu trop aléatoire au vu des les travaux en cours sur une portion.

J’opte pour le train jusqu’à Obernai avec Guillaume,  où nous attaquons la montée du Mont Sainte-Odile. C’est pour moi l’occasion de tester le développement de ma transmission SRAM mono plateau 40 dents – cassette 10/42 sur un vélo chargé et en conditions réelles. En effet, j’ai monté ce pédalier seulement 3 jours auparavant… Je suis rassuré, seules les pentes supérieures à  9-10 % pourraient poser quelques soucis avec une fatigue bien installée. Le souci majeur reste le gap important entre les rapports tout particulièrement entre l’avant dernier et dernier pignon …. On ne peut pas tout avoir il faudra faire avec.

Arrivés au sommet à 764 m d’altitude nous entrons dans le monastère lieu d’accueil et de départ de cette BTR édition 2017. Nous procédons à la validation du dossier et le retrait du brassard et des tant attendus bidons personnalisés. Merci  l’équipe chilkoot !

 

BTR Open cycle
La monture au sommet du St Odile

 

Le temps est encore correct mais des nuages menaçants et un vent frais me font redouter le pire :  une douche glacée juste avant le départ pour attaquer la descente en guise de préambule nocturne, brrr…

BTR Open cycle bikepacking
Mon Open UP en configuration route

 

BTR Ami
Le gang des bananes a la banane !

 

J’observe les différents vélos et leurs chargements : Il y a de tout sur cette BTR, du carbone de l’alu, de l’acier, du titane, du freinage disque hydro ou mécanique, du V Brake, du caliper, du triple, du double et quelques mono plateaux.

La pluie finie par tomber sur les courageux concurrents qui continuent d’arriver. C’est mort pour trouver un endroit sec et calme pour siester, cela me stresse car je suis déjà bien fatigué … Nous squattons  les différents halls du monastère en attendant l’heure du repas.

 

BTR météo arc-en-ciel
Il faut que cela tombe maintenant pas après le départ : chose faite !

 

BTR monastère Mont Saint Odille
Une prière pour la route ?

 

Frédéric Bernard aka Marmotte et son Trek Crockett rose arrive en fin d’après midi. Rouler en Crockett lui vaudra quelques soucis avec un félin plus tard dans la nuit…

Le repas est pris en commun dans une grande salle où la chaleur est vite étouffante et le service un peu longuet en fond de salle, puis vient enfin l’heure du départ.

 

 

22h00 : Après un bref briefing et rappels de sécurité, Luc Royer lâche la meute dans la descente du Mont Sainte-Odile.

 

BTR départ
Souriants mais un peu stressés quand même les concurrents de cette BTR non ?

 

Emporté par la descente dès la première bifurque je me trompe de direction, rapide demi-tour pour rejoindre la horde. Je finis la descente prudemment pour rejoindre le suivi d’itinéraire imposé dans la plaine vers l’Allemagne et le CP1.

Je me trouve alors avec Guillaume et les concurrents sont déjà bien étalés et dispersés. J’aperçois devant et derrière nous les scintillements des phares dans la nuit telles des lucioles. Vite il ne faut pas rester isolé pour cette première nuit trouvons un groupe roulant à notre rythme.

Chose faite: nous rejoignons un groupe qui roule fort en direction du CP1 et du Mont Blauen. Je reconnais Fanny l’ambassadrice de l’Echappée Belle et Guillaume finira par reconnaître aussi François D. qui roule avec Sophie L. La progression est rapide ( 30 km/h de moyenne) et nous atteignons vite le pied du mont Blauen après un passage de route fermée nous obligeant à marcher sur une voie ferrée… Le groupe éclate et chacun prend son rythme pour cette première ascension vers le sommet qui culmine à 1164 m d’altitude. 

Je retrouve en bas du Blauen Sylvain et Olivier, Sylvain semble un peu fatigué ou bien il s’économise,  cela me permettra de rouler avec lui jusqu’au sommet où un ravito check point est organisé. Le froid se fait vite ressentir, je claque des dents, je suis déjà bien fatigué.  Je décide de repartir avec Sylvain avant d’être complètement gelé. Guillaume arrive juste au sommet, il m’explique qu’il a eu des crampes pendant la montée. Je lui propose de nous rejoindre plus bas dans la plaine (cela sera la dernière fois que je le reverrai).

 

BTR Check point
Premier Check Point sommet du Mont Blauen

 

Les kilomètres défilent lentement, trop lentement, je suis en peine. Sylvain semble lui aussi un peu fatigué mais je ne me fait pas de soucis pour lui. Je reste souvent derrière lui, abrité.  Je manque de me taper une bordure de trottoir, j’ai dû somnoler quelques micro secondes… La brume et le froid nous attendent en bas d’une descente. La fatigue est maintenant trop importante, et au petit matin Sylvain et moi-même sommes d’accord sur le fait de nous accorder un court arrêt pour essayer de dormir. Une aire de jeux pour enfants d’un Mc Donald’s se présente, bingo, cela sera notre point de chute pour une sieste de 35 minutes où je parviens à somnoler quelques instants dans mon bivvy et ce malgré le froid. Sylvain se lève, j’embraye, mon objectif est de le suivre, de ne pas lâcher quoi qu’il arrive. Je suis toujours et de plus en plus en peine et arrive pas à prendre du plaisir, je colle plus dans les cotes et force pour recoller sur les plats. Je commence à stresser sur les difficultés à venir. Vers midi nous nous arrêtons à Meiringen pour un ravitaillement au supermarché. Sylvain avale vite son repas et me propose de repartir directement à l’attaque du Grimsel. Je suis bien trop fatigué et la chaleur montante n’aide pas, je lui dit au revoir car je sais bien que je ne le reverrai plus.

 

BTR Suisse lac
Les lacs Suisses

 

BTR Sylvain Barrillon
On lache rien

 

Après une première sieste de 1h j’appelle ma chérie qui me persuade de me reposer plus. Je refais donc 50 minutes de sieste avant de me mettre en route vers le Grimsel sur les coups de 15h30 ou 16h.

Un peu rechargé, je retrouve plaisir à pédaler. La privation de sommeil et la fatigue peuvent vous attaquer terriblement et réduire sérieusement votre mental. Je décide alors de faire ce ride à mon rythme, de plus respecter mes besoins en sommeil. Je sais que je ne serai pas dans les premiers alors autant boucler cette BTR en prenant un max de plaisir et sans trop de privations.

L’ascension du Grimsel se passe bien, l’altimètre du Garmin égrène lentement le dénivelé.  Une ombre au tableau : le trafic routier dense. Il faut croire que le sport national suisse c’est de monter à fond la caisse les cols Alpins en moto ou en voiture de sport, et de faire peur aux cyclistes, le tout en faisant le plus de bruit possible ! C’est vraiment dommage et ne colle pas du tout à ce paysage magnifique de carte postale qui serait si reposant et zen sans ces vrombissements mécaniques et ces Fangios…

BTR Grimselpass
L’ancienne route

 

BTR Grimselpass

 

 

 

Lors d’une pause pour un besoin naturel en contrebas de la route, j’aperçois un concurrent allongé qui se repose dans l’une des rares zone d’ombre. Il m’entendra et repartira rapidement : nous sommes tous dans la même obsession: avancer !

Puis se dessine à l’horizon une masse imposante de béton qui sert de barrage et de retenue. Je jubile car cela annonce le sommet. Finalement cela n’était pas si terrible que ça ce Grimsel ! Mais ma joie retombe vite car après le premier barrage il y en a un deuxième 400m plus haut… Hé oui le Grimsel cela se mérite ! Pause photo avec les impressionnantes hauteurs de neige et me voilà au sommet de la première difficulté à une altitude de 2165 m. Je savoure ma victoire et trouve mon exploit bien légitime comparé à celui des motards ou voitures de sport …

 

BTR Grimselpass route
Le serpent du Grimselpass

 

 

 

BTR neige
Congère au sommet du Grimselpass

 

 

Enfilage de veste coupe-vent, je bascule vite de l’autre côté du versant. Je ne suis pas à l’aise du tout dans la descente car mon vélo semble un peu instable, il prend le vent latéral d’une façon importante, je suis sur les freins.

Je m’étais fixé comme objectif d’arriver jusqu’à Brig, cela est encore jouable mais il va falloir me ravitailler et je ne trouve rien d’ouvert. Mon salut viendra d’une station essence où je prendrai une salade de pâtes dégueulasse, trois samossas accompagnés d’une barre de Toblerone une boisson gazeuse le tout pour 14 €… Le coût exorbitant de la vie en Suisse n’est pas une légende.

 

A la nuit tombante j’arrive enfin à Brig où il fait encore une chaleur étouffante. J’hésite entre trouver un hôtel et y attendre Guillaume (mais il ne donne pas signes de vie) ou trouver un point de chute pour bivouaquer hors de la ville. J’opte pour le bivouac sur la route du Simplon. Entre des rondins de pins je m’installe confortablement et discrètement à l’abris du vent et m’endors pour 6h de repos d’une traite : les presque 400 km et 5300 m de dénivelé de la veille ont laissés des traces il semblerait !

 

BTR bivouac
Bivouac 5 *

Dimanche 11 juin : Le soulagement et la revanche du Mottarone

5h50 le soleil se lève et j’émerge doucement quand j’entends discuter au-dessus de moi : il s’agit de deux concurrents qui montent vers le Simplon en taillant la bavette. Après un petit-déjeuner à base de compote lyophilisée et de boisson énergétique, je repose douloureusement mes fesses sur la selle.

L’ascension du Simplon se passe bien excepté une zone de travaux dans un tunnel un peu délicate à passer dans le timing imposé par la circulation alternée. J’y vais cool car je sens l’acide lactique de la veille dans les muscles. Je n’ai en plus surement pas assez bu hier soir en voulant garder de l’eau pour le bivouac et le p’tit dej.

 

BTR Suisse Simplonpass
La suisse au petit matin

 

Le soleil est déjà haut dans le ciel quand j’arrive au col à 2005 mètres d’altitude. Je stoppe au premier hôtel pour le premier et dernier café Suisse à 4€ avant de basculer sur l’Italie où les expressos seront moins onéreux !

 

 

 

Avant t’attaquer la descente je croise Fanny. La descente est agréable et sans trafic c’est un plaisir d’enchainer les tunnels.  J’arrive sur les douanes italiennes et quand je passe la frontière, immédiatement la qualité du revêtement se dégrade très fortement….

BTR Italie
Frontière Italienne

 

Pause petit déjeuner au premier café où j’enchaîne les pâtisseries, cafés et sandwichs salés : me voici requinqué pour la matinée !

 

 

Je suis seul sur la route en direction le lac Majeur. Le relief est plat voir descendant mais le vent est défavorable et la progression pas si rapide que escomptée. Il fait de plus en plus chaud et ce c’est que vers 13h00 que j’arrive au pied du Mottarone, deuxième CP de ce BTR.

BTR Italie Lac majeur
Lac et brume de chaleur

 

Je décide d’attaquer l’ascension sans tarder pensant expédier ça rapidement et manger au sommet. Grave erreur… La montée est interminable et éprouvante avec des changements de pente rapides et frisants les 17 % ! Je tape dans les réserves et je frôle l’hypoglycémie puis le coup de chaud. Les arrêts se multiplient, quel chemin de croix que ce Mottarone!  Je sors un gel caféiné, sur un mal entendu cela peut marcher. Il est 15H00 quand j’arrive au sommet à 1491 m au-dessus du niveau de la mer … Je valide mon passeport, avale une assiette de pâtes puis un calzone géant avec un Perrier le tout pour moins de 8€ ! La tentation d’une sieste est très grande mais il règne une effervescence au sommet du Mottarone digne d’un marché ou d’une salle de bourse, je décide donc de reprendre la route illico presto.

BTR Italie Mottarone
Porte de l’enfer

 

BTR Italie calzone
Après l’effort le réconfort

 

La descente est rapide avec des enchaînements d’épingles bien serrées. Je fais ce que je peux avec mon chargement (je ne suis pas un bon descendeur) mais je me fais déposer par un VTT qui trouve le culot de faire des wheelings et autres acrobaties! Arrivé en bas dans la plaine c’est la fournaise de nouveau… Je décide de continuer en roulant tout doucement. Je rejoins un autre concurrent de la BTR du club Cyclosportissimo avec qui je fais un bout de chemin. Nous nous arrêtons dans un cimetière quelques instants pour faire le plein des bidons. Je choisis de faire un peu de toilette et de laver ce cuissard qui commence à être nauséabond et bien salé et laisse repartir mon compagnon de route. Pendant que je m’affaire au robinet la porte du cimetière se ferme automatiquement, je suis paniqué à l’idée d’être enfermé dans ce cimetière lugubre. Fort heureusement je trouve un bouton d’urgence qui me libère, ouf !

Je continue seul la longue traversée de la plaine du Pô où les rizières s’étendent à perte de vue et où les routes étroites s’étendent en lignes droites  interminables. J’apprendrai par la suite que l’agencement des rizières fut dessiné par Leonard de Vinci et que 5 000 producteurs de riz sur 120 000 hectares y produisent 30 % de la production européenne. Le soleil décline enfin et la température baisse un peu mais des nuées de moustiques s’activent alors… Il ne va pas faire bon dormir à la belle dans le coin ! Pause pizza dans un petit village à la tombée de la nuit. N’ayant pas beaucoup avancé je décide de passer Turin par un contournement Nord et de trouver un coin pour bivouaquer. Je trouve un endroit vers 23H30 que je pensais idéal mais ce n’était sans compter les moustiques et les crapauds…

 

 

Lundi 12 Juin : La chaleur et la détresse

5h45 le levé est difficile, je ne suis pas reposé du tout, satanés moustiques. J’englouti à la première cafetaria trouvée quelques pâtisseries et le café me réveil un peu. J’arrive enfin sur la route nationale qui me mènera au col du Montgenèvre. Il est 11h et après une première amorce de côte à plus de 10% sous un cagnard de plomb je décide un arrêt ombragé près d’un petit lavoir Pendant que je m’allonge je fait sécher duvet et bivy humide de la rosée de la nuit. La montée au col est longue voir interminable. J’accuse le coup de la mauvaise nuit. Je croise Thierry qui est en pignon fixe et je me dis que je n’ai pas le droit de caler ou de me plaindre. Je reste scotché devant son courage, sa progression rythmée et devant une telle performance. A Oulx je mange une pizza fromage qui me fera dégouliner dans l’ascension restante. Je suis sur le plus petit développement tout le temps, ma progression est lente, le soleil me brule. Lors de la traversée d’un tunnel désaffecté j’hésite à faire une pause au frais quand j’aperçois Julien Boulanger le photographe de l’événement, la pause sera pour le CP d’ici qques kms.

 

 

 

BTR vers la France
La fin du tunnel ?

 

 

Je passe la frontière et arrive au carrefour de l’obélisque et au CP3 du Montgenèvre à 1854m d’altitude. Les organisateurs de la BTR sont en plein cagnard. C’est intenable pour moi, je décide de repartir illico trouver un coin ombragé pour un peu de repos.

BTR Frontière France
France en vue!

 

 Arrêt sous un petit chapiteau dans la descente, je commence à sombrer dans la torpeur quand je suis dérangé par un groupe d’italiens qui n’ont pas trouvé meilleur endroit pour faire leur shooting photos des potes en moto. Je repars donc et descend dans la fournaise sur Briançon et sur la redoutée route N94. Le vent y est brulant et de plein face… Le trafic y très dense, c’est la joie … Je rejoins les deux lillois Tic et Tac mais nous n’avançons plus, il faut même pédaler dans les descentes tellement cela souffle c’est frustrant et épuisant. Le moral n’y est plus à ce moment, je poste ma détresse sur Facebook. Je parviens à Embrun et Savine où je croise le  groupe avec Sophie et François dans une supérette mais ils repartent vite car il reste de la route pour Sault. 

 

 

 

BTR France
Embruns

 

 

 

 

 

Je ne sais quoi faire : pousser jusque Tallard et y dormir? Quand Marmotte m’indique via SMS une connaissance qui pourrai m’héberger à 13 km sur les hauteurs de Chordes, je fonce et ce malgré le faible kilométrage réalisé car l’envie de ma première douche et d’un vrai lit est plus forte que tout !

 

 

Je suis très bien reçu, et après un plat de pâtes, une bonne douche et une lessive me voilà au lit vers 23h30 avec comme objectif un levé vers 4h du matin.

Mardi 13 juin 3h57 : L’enfer et le paradis

réveillé 3 min en avance sur le réveil par un besoin naturel pressant je me prépare, avale un petit déjeuné (merci Emmanuel) et entame la route de nuit. Je suis bien reposé, je sent bon, c’est roulant, il fait frais mais pas froid et mes habits finissent de sécher. J’appuie sur les pédales plus fort. J’aime ces moments de nuit ou les km défilent facilement dans la lueur de mon phare. Dans une section rapide en position sur les prolongateurs à plus de 45 km/h une masse sombre énorme passe dans la lumière de mon phare frôlant ma roue avant ! Je n’ai eu ni le temps de bouger ni de voir de quoi il s’agissait, surement un sanglier ou un gibier… J’ai évité le pire de très peu et je repense à Marmotte et à son abandon sur chute pour cause de chat errant traversant devant lui lors de la première nuit. Le soleil se lève colorant et réchauffant la vallée de la Durance, cela est magnifique, je suis privilégié d’être témoin de ces moments si spéciaux.

 

 

 

 

Je rejoins Nicolas et son coéquipier avec qui je décide de rouler vers les gorges de la Méouge.

 

 

Lors de la montée du col de l’homme Mort la recharge usb du GPS n’est plus opérante … Changement de câble, bidouillage de faux contacts, cela semble rétabli, pas rassurant… Il ne faut pas trainer si je veux passer le Ventoux à la fraiche enfin pas dans la fournaise… J’opte pour la trace de Sylvain Blairon, je passe par Aurel et évite ainsi Sault pour attaquer le Mont Chauve ou le Géant de Provence. Je finis par me retrouver dans un jardin et une propriété privée, la poisse. La route est 80m derrière sur mon GPS, je décide de traverser la propriété en espérant qu’il n’y ai pas de chiens…

 

 

 

 

Ces paysages et ses odeurs me sont familiers. J’aime rouler dans les Baronies et dans la Drome Provençale.

La montée du Ventoux par cette face passe bien, la pente y est faible et il ne fait pas encore trop chaud. Je double quelques cyclo Hollandais et autres touristes. Je rempli les bidons au Chalet Reynard et attaque la partie bien plus raide pour atteindre le sommet à 1911 m et le CP4 vers midi.

 

 

 

 

Je valide mon passeport et repars aussitôt vers Malaucène. Grosse erreur, la chaleur y est écrasante. Cela m’achève. J’aurai dû faire halte au Mont Serein. Ravitaillement au supermarché où j’ai envie de m’allonger au rayon surgelés, pause repas et trempage de pieds dans la fontaine glacée et pseudo  sieste en mode clochard sur un banc et dans le bruit.

J’appréhende la section à venir de une parce c’est mon tracé et de deux je sais que cette partie de la traversée de la vallée du Rhône va être chiante comme la mort. Plus je descends plus il fait chaud, le Garmin affiche 40°C, le bitume colle aux pneus et rayonne sa chaleur, la sueur me pique et brûle les fesses, j’ai la tête comme une pastèque, ma trace emprunte la route des camions qui me crachent au visage leur gas chauds et nauséabonds, bref cela va pas du tout. Pas d’autre choix que de m’arrêter et d’attendre que le soleil et le traffic décline un peu. Je n’ai plus d’eau et plus de mental, dans ces moments tu te demandes vraiment ce que tu fais ici …

Je passe enfin le Rhône, continue sur ma lancée, mange un burger dans un petit village et enchaîne direction Uzès où je retrouve Sophie et François attablés à une terrasse. Je me joins à eux pour un dessert et une bière,  je continue seul la route car ils ont réservé un hôtel à Uzès.

 

 

Il fait bon, la route est plaisante à part une zone de travaux un peu longue et les kilomètres défilent rapidement. Le trafic est quasiment inexistant et je me surprends à rouler avec les écouteurs (une grande première pour moi) et à chanter ou fredonner. Je me sent bien, je passe un coup de fil en roulant et partage un instant mon plaisir. La souffrance de la fin d’après midi est oubliée. Dans ce genre d’épreuve sportive c’est étrange comme tu peux passer de l’enfer au paradis dans le même demie journée!

 

 

 

À l’approche d’Anduze il me faut trouver un bivouac. Je n’ai pas plus envie de tirer sur la corde que ça et d’arriver à 3h du matin en haut du Mont Aigoual me dit rien. Olivier m’informe qu’il est en train de gravir celui-ci. J’ai envie de le rejoindre surtout que ma première tentative de bivouac s’avère être foireuse. Réflexion faite, je préfère me reposer et attaquer au petit matin à la fraîche la dernière bosse du parcours.  Au fond de moi je ne suis plus pressé de finir je crois. Je finirai par atterrir dans un talweg ou ancien cours d’eau canalisé entre la route et la voie ferrée sur les coups de 23H40. Je n’y dors pas très bien car trop chaud pour le duvet trop froid pour le bivy seul, je me couvre la tête oublie le moustique qui tourne et m’endors pour un autre cycle de sommeil tout aussi chaotique.

Mercredi 14 juin : la délivrance

5h50, je me décide à émerger, direction Anduze, mission trouver une boulangerie ouverte, pas facile… j’ attends dans un café en prenant mon temps et en écoutant les nouvelles de la tour qui brûle à Londres.  Après avoir croisé le van Chilkoot, j’attaque la montée du Mont Aigoual. L’ascension se passe très bien, la pente y est assez faible  au début et je suis plutôt en forme, ça y est je suis rodé on dirai ! Je ne fais que deux courtes pauses pour remplir mes bidons aux fontaines pendant l’ascension, j’ai bien fait car la chaleur grimpe et l’arrivée tarde. Cette ascension est un peu fourbe car elle commence doucement puis se durcie et on arrive à un col, il faut ensuite redescendre un peu pour remonter aussitôt avec des pourcentages plus élevés ( 8-9% en moyenne).

 

 

 

Enfin à la sortie d’un tournant, j’aperçois les grandes antennes du sommet du mont Aigoual, signe de la délivrance. Jean vient à ma rencontre sur un vélo emprunté à un des concurrents : il a besoins de se défouler (voir tous ces cyclistes et ne pas rouler à vélo doit être frustrant). Je finis rapidement les derniers mètres qui me séparent du checkpoint au sommet de l’Aigoual à 1567 mètres d’altitude.

À ce moment c’est un étrange mélange de sentiments qui m’envahit, entre le plaisir et la satisfaction d’être allé au bout de soi et celui d’avoir bouclé un challenge dans les temps mais aussi en même temps une déception que l’aventure se termine si rapidement. Cette Born To Ride restera un monument dans ma vie de cycliste, une aventure sportive mais aussi humaine, un doux mélange de dépassement de soi sur fond de tourisme européen éclair .

Merci Chilkoot, je suis fier d’avoir été un des pionniers sur cette aventure. Pour une première BTR je suis comblé, vivement que cela recommence !

 

 

 

 

 

La BTR en chiffres:

Etape 1

  • Distance:  388,9 km
  • Durée déplacement: 17H45
  • Temps écoulé: 24 :49:34
  • Dénivelé: 5 262 m
  • Vitesse moyenne: 21,9 km/h
  • Vitesse Maximum: 71,6 km/h
  • Vitesse moyenne ascension: 12,1 km/h
  • Puissance moyenne estimée: 177 W

Etape 2

  • Distance: 242,1 km
  • Durée déplacement: 11H10
  • Temps écoulé: 16H45Min34
  • Dénivelé: 2 607 m
  • Vitesse moyenne: 21,7 km/h
  • Vitesse maximum: 65,6 km/h
  • Vitesse moyenne ascension: 10,8 km/h
  • Puissance moyenne estimée: 152 W

Etape 3

  • Distance: 201,9 km
  • Durée déplacement: 9H50
  • Temps écoulé: 22H21min34s
  • Dénivelé: 2 596 m
  • Vitesse moyenne: 20,5 km/h
  • Vitesse maximum: 60,1 km/h max
  • Vitesse moyenne ascension: 12,4 km/h
  • Puissance moyenne estimée: 152 W

Etape 4

  • Distance: 274,5 km
  • Durée déplacement: 11H26
  • Temps écoulé: 28 H43min44s
  • Dénivelé: 2 871 m
  • Vitesse moyenne: 24,0 km/h
  • Vitesse maximum: 70,2 km/h
  • Vitesse moy. ascension 16,0 km/h
  • Puissance moy estimée 154

Final

  • Distance: 73,5 km
  • Durée déplacement: 4H21
  • Temps écoulé: 11H35min34s
  • Dénivelé: 1 628 m
  • Vitesse moyenne: 23,0 km/h
  • Vitesse maximum: 42,5 km/h max
  • Vitesse moy. ascension 12,6 km/h
  • Puissance moy estimée: 165 W

 

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